Mamounes

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Elles sont probablement l’une des catégories d’internautes les plus détestées. Les moquer, à grand renfort de captures d’écrans, est pour certains un sport national. Il n’y a pas si longtemps, rire d’elles était mon petit plaisir coupable. J’étais convaincue de valoir mieux que ces femmes. Elles n’étaient à mes yeux que des pauvres filles, des mères-mères incapables d’exister au delà de leurs chiards aux prénoms improbables.

Les MILK (mothers I’d like to kill) ou mamounes se reconnaissent à leur passion pour les forums dédiés à la parentalité, leur orthographe approximative et leur goût douteux en matière de gifs. Elles ont leur propre vocabulaire, bizarrement régressif. Elles parlent de gygy, de zhom et de bb1. L’enthousiasme avec lequel elles partagent leurs petites victoires (l’aîné fait enfin caca au pot !) et leurs grandes détresses fait l’unanimité contre elles. La Ligue des Officiers de l’Etat Civil par exemple, sous prétexte de recenser les prénoms les plus originaux de France et de Navarre, ne perd jamais une occasion de se foutre d’elles, avec (à mon sens), une bienveillance toute relative.

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Mais pourquoi tant de haine ? Pourquoi prenons-nous tant de plaisir à nous foutre de ces mères ? J’y ai longuement réfléchi après avoir posé ma première question sur un forum de « mam’allaitantes », quand j’ai réalisé que j’étais devenue l’une d’entre elles.

Ma conclusion est sans appel et tient en un seul mot : le sexisme. Ces femmes, de tous les milieux sociaux, toutes les couleurs et toutes les religions sont unies autour d’une seule chose : leur maternité. Elles ont fait ce que la société attend d’elles depuis toujours, et elles se mettent en quatre pour mener leur mission à bien le mieux possible. Et on se fout d’elles pour ça.

Vous aurez noté que les hommes sont totalement absents des forums dédiés à la parentalité (ou alors ils sont sacrément discrets). En tout cas, depuis que je sillonne ces lieux, qu’il s’agisse de grossesse, de nourrissons, de bambins ou d’enfants, je n’ai pas encore vu d’hommes prendre la parole. De fait, la Milk n’a pas d’équivalent masculin.

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On attend de nous qu’on fournisse et élève des futurs contribuables. Mais faut pas déconner non plus, parce que si tu t’épanouis dans ton rôle de daronne, ou que tu fais le choix de t’investir un minimum dans l’éducation de tes mômes, tu n’es qu’une ratée. En revanche, si tu fais le choix de rester aussi proche que possible de ta vie d’avant, c’est un mauvais choix aussi, comme ça, pas de jalouses. En fait, encore une fois, on ne nous pardonne pas grand chose. Devenir mère, c’est subir une pression de dingue. On te vend ça comme un accomplissement, une fin en soi, tout en ne te laissant aucun droit à l’erreur. On est priées d’être des mères parfaites, sauf que personne n’est fichu de se mettre d’accord sur ce que « parfait » veut dire. Travailler ou pas, allaiter ou pas, c’est bien plus simple de partir du principe qu’on se plante forcément. Et les mamounes sont l’archétype de la femme qui se plante. Elles en font des caisses, dans l’emphase constante. Elles ne sont pas assez sures d’elles, ou peut-être un peu trop. Elles déballent au vu et au su de tous ce qu’on ne veut pas savoir sur la maternité : des histoires de fluides corporels, de doutes, d’inquiétudes, de corps qui tirent. Elles nous balancent au visage que la maternité ne va pas de soi, et qu’elle est un grand saut dans le vide. Que c’est un enchaînement d’erreurs, de tâtonnements et de peurs. Elles se mettent à nu, et mettent leurs faiblesses et leurs fragilités sur le devant de nos écrans. C’est probablement ce qui dérange : elles n’ont pas la pudeur et la retenue qu’on pourrait attendre d’elles. Elles refusent de materner en silence, seules dans leur coin.

C’est vrai que je faisais pas la fière lorsque j’ai posé ma première question sur mon groupe Facebook dédié à l’allaitement. On se sent bien bête la première fois, on se retrouve face à ses propres limites. C’est pas facile d’assumer d’être si démunie que son salut repose sur une communauté d’autres femmes, avec lesquelles je ne partage rien de plus que le fait d’être maman, d’allaiter et d’y tenir. Mais après m’être fait à plusieurs reprise faite rabrouer sur Twitter (on est priées de pas trop y étaler ses états d’âme de maman, ça dérange), j’ai fait le choix de poser les questions qui me tenaient le plus à coeur sur des forums fermés. Pour me protéger dans ces moments d’intense fragilité.

Aujourd’hui, étant moi-même devenue l’une de ces femmes qui met une photo de son bébé en fond d’écran de son téléphone portable, de son pc pro et de son laptop perso, j’éprouve beaucoup de tendresse et de reconnaissance pour toutes ces internautes.

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Oui, leurs questions sont parfois naïves et totalement sans filtre et leur manière d’écrire totalement extravagante. Oui, elles me donnent envie de hurler quand elles disent qu’il n’y a rien de tel que l’homéopathie pour soigner une rage de dent, ou que les vaccins, c’est encore un coup des labos pour se faire des sous sur notre dos et que c’est le mal absolu. Mais à côté de ça, j’admire leur énergie et la détermination dont elles font preuve pour donner ce qu’elles estiment être le mieux pour leurs enfants.

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