L’enfant do

cododo
Illustration Fanny Vela Illustratrice

On m’avait prévenu qu’avoir un bébé c’était fatiguant. Je n’avais juste pas idée de ce que « fatiguant » pouvait bien vouloir dire. Depuis la naissance de Tortellini, je ne crois pas avoir pu dormir plus de quatre heures d’affilée. Je suis devenue experte dans l’art de camoufler mes cernes. Il m’est même déjà arrivé de pleurer d’épuisement. Et pourtant, ma fille fait ses nuits. Mais voilà : ce sont les siennes, pas les miennes.

J’ai découvert, à mes dépens, qu’on nous raconte beaucoup de salades sur le développement des bébés, et plus particulièrement sur le sommeil et l’alimentation. Et par « on », j’entends à peu près tout le monde : du pédiatre en passant par ma mère et jusqu’au concierge de mon immeuble. Ils ont tous leur avis très arrêté sur comment devraient dormir les tout petits et sur ce qu’on est censés faire pour y arriver.

Aujourd’hui, quand on me demande si ma fille fait ses nuits, j’ai la sensation qu’on cherche à évaluer mes compétences de dresseuse de tigres. En disant oui, je prouve que c’est bon, j’ai su mater le fauve. En disant non, j’admets mon laxisme. Mon teint vitreux témoigne de ma faiblesse. Si je ne dors pas la nuit, c’est forcément que j’ai raté un truc essentiel, et que je n’ai pas su « apprendre le sommeil » à ma fille. Parce qu’il est évident que le sommeil mérite un apprentissage et que les bébés ne dormiraient pas du tout si on ne leur ensegnait pas (ce qu’il faut pas entendre comme conneries je vous jure).

Dans ses premières semaines de vie, j’ai lu un bouquin qui expliquait que le sommeil des bébés était calé sur le rythme intra-utérin pendant ses trois premiers mois. Mais que dès que l’enfant était âgé de 91 jours, il cessait de faire la fête la nuit et la sieste le jour, et qu’il adoptait un rythme réglé comme du papier à musique. Évidemment, Tortellini n’a rien fait de tout ça. Elle a effectivement fini par trouver un rythme, mais il impliquait un réveil à minuit et un autre à 3 h du matin. Pire, depuis quelques semaines, elle n’a plus de rythme du tout et se réveille à peu près n’importe quand pour ne se rendormir que quelques heures après. Sortez les martinets, tout ça est de ma faute : non seulement je l’allaite (et c’est mondialement et universellement reconnu, tous les enfants allaités crèvent la dalle et on est donc obligés de les nourrir la nuit pour compenser cette sous-alimentation), mais en plus, je suis farouchement contre la méthode du 5-10-15 que je trouve au pire cruelle, au mieux complètement con. Comble de l’horreur : je pense que le cododo est une pratique qui devrait être encouragée et valorisée, parce que c’est ce qu’il y a de mieux pour les bébés.

cododo

Si vous avez senti une pointe de cynisme dans les lignes précédentes, c’est que ce ne sont pas les nuits agitées de ma fille qui me fatiguent le plus. Ce sont les mythes qui gravitent autour du sommeil des bébés. Un véritable kamoulox qu’on nous sert à toutes les sauces pour nous démontrer que si nos enfants ne dorment pas 12 heures par nuit sans interruption, c’est forcément qu’on a merdé quelque part.

Parmi ces poncifs idiots, il y a celui qui décrète que le bébé n’a pas sa place dans le lit ou la chambre de ses parents. L’y laisser, c’est braver un tabou. C’est que voyez-vous, la couche parentale porte énormément d’enjeux. Sexuels notamment. On fait comment pour niquer quand on a un moutard dans notre pieu ? Lorsque j’explique que Tortelini finit régulièrement ses nuits entre nous, dans notre lit, je passe au mieux pour une hippie, au pire pour une pédophile inconsciente. Peu importe si l’occident contemporain est la seule société au monde et dans l’histoire de l’humanité à ne pas partager le sommeil de ses bébés. En mettant ma fille dans mon lit, je lui donne de mauvaises habitudes. C’est vrai : regardez les Japonais, grands adeptes du cododo. En général, ils gardent l’habitude de dormir entre leurs parents jusqu’à l’âge adulte, et sont tous totalement vrillés.

Vous voulez la vérité sur le cododo ? Pour le bébé, ce n’est pas une fin en soi. Le bébé ne souhaite qu’une chose : grandir et progresser. Parfois, il a besoin d’un coup de pouce et le cododo en est un. Parfois, il a besoin d’autonomie et dans ces moments là il le fait comprendre assez clairement. Dans les phases d’évolution trop intenses, Tortellini a besoin de notre présence la nuit, sinon elle stresse trop pour se reposer autant qu’elle le devrait. Mais quand son développement atteint des plateaux, elle nous envoie bouler si on la couche entre nous : elle veut être seule. Chaque bébé a son rythme, et être à son écoute, ce n’est pas « lui donner de mauvaises habitudes » ou encore « trop le gâter ». C’est au contraire se positionner comme un tuteur, qui va aider le bébé à pousser bien droit, et à être solide et fort sur ses racines. Et le moment venu, l’enfant se détachera tout seul, avec sérénité et confiance.

La question du sommeil est essentielle, parce qu’en effet le rythme des bébés n’est pas du tout adapté au nôtre : quand Tortellini ne dort pas la nuit, nous devons quand même assurer la journée. Et c’est précisément à partir de ce moment-là que ça part en live, et qu’on s’est mis à inventer des techniques plus violentes les unes que les autres pour contraindre les jeunes enfants à nos cadences d’adultes. Et qu’on s’est mis à considérer que les parents qui refusent de dresser leurs enfants comme des êtres laxistes qui se feraient tôt ou tard dévorer dans les rares heures de sommeil dont ils disposent par leur bébé dictateur. Alors que le seul conseil qui vaille et que j’aurais aimé qu’on me donne concernant son sommeil c’est : écoute ton bébé et fais-lui confiance. Il est ton meilleur guide.

2 commentaires

  1. Merci pour ce texte d’une grande vérité.
    J’ai souvent le sentiment que mon perruchon dort mal puisqu’il se réveille encore plusieurs fois par nuit ce qui n’est pas dans la norme admise pour un enfant de cet âge.
    Ici on a opté pour un futon dans lequel il s’endort au sein et je peux l’allaiter la nuit plus facilement, voire finir ma nuit avec lui si besoin. Je sauve des heures de sommeil comme cela.
    La lecture de « dormir sans larmes » m’a été d’une grande aide.
    Bon courage pour la suite !

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  2. Je rejoins entièrement ton article. Quand vers les 9 mois du Lardon, nous avons ressenti le besoin de retrouver notre lit (au moins pour le coucher), nous avons migré vers le lit au sol, et à l’approche de ses deux ans, je trouve toujours cette méthode la parfaite continuité du cododo.
    Nous l’endormons (encore aujourd’hui) en restant à côté de lui. Et si pendant la nuit, il ressentait le besoin de nous rejoindre, nous l’avons toujours accueilli, qu’il vienne en rampant, à quatre pattes ou en marchant aujourd’hui.
    C’est plutôt rare aujourd’hui mais quand ses nuits ne sont pas les notre, elles restent sans pleurs et pleines de douceurs ; ce que la méthode 5-10-15 ne nous aurait jamais permis.

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