« Je ne suis pas raciste, ma nounou n’est pas blanche. »

Devenir mère, ça chamboule tout. Jusqu’à ses convictions les plus profondes. Il m’a fallu apprendre à conjuguer mon féminisme avec ma maternité. Ça n’a pas toujours été simple, loin de là. Les questions se bousculent chaque jour. Parmi ces questions, celle du mode de garde est particulièrement compliquée à résoudre.

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Le faux choix des modes de garde

Si l’idée du congé parental m’a un instant traversé l’esprit, j’ai vite balayé cette idée d’un revers de la main. Nous n’en avions pas les moyens, d’une part. Et d’autre part, j’étais hantée par l’image de ma propre mère, qui s’était arrêtée de travailler pour élever ses enfants, et qui n’a par la suite jamais pu retrouver le type d’emploi que celui qu’elle avait quitté. L’idée de mettre de côté mon job, même temporairement, pour m’occuper de ma fille me tétanisait. Il a donc très rapidement fallu penser à un mode de garde.
Ce mode de garde, nous n’avons pas eu le luxe de le choisir : nous n’avons pas obtenu de place en crèche, les options privées ou à domicile étaient totalement hors budget, et nous n’avons pas de famille à proximité pour nous donner un coup de pouce. Restait la solution de l’assistante maternelle. Une nounou, que nous allions recruter et rémunérer, pour qu’elle s’occupe de notre bébé à notre place, pendant qu’on allait travailler. Voilà un concept particulièrement étrange : payer quelqu’un pour pouvoir être payée à son tour.

Le paradoxe du mode de garde

En tant que mère et féministe, le concept d’assistante maternelle est particulièrement intrigant. Ces femmes, très faiblement rémunérées, travaillent parfois plus de 10 h par jour, et accueillent nos tout petits dans l’intimité de leur foyer, pour que nous puissions, nous, mères, aller au turbin.
Quand je dis « mères », c’est délibéré : c’est pour les mères que les nounous existent. C’est pour les libérer du poids du quotidien avec un enfant qu’elles sont là. C’est pour leur permettre de conserver une petite part d’égalité, acquise en haute lutte, que nous les recrutons. C’est pour que les mères puissent, si elles le souhaitent, être aussi des femmes et des professionnelles qu’elles prennent le relais.
Dans l’immense majorité des cas, ce ne sont pas les pères qu’elles soulagent. Les pères travaillent, depuis que le monde est monde, c’est comme ça. La question ne s’est jamais réellement posée pour eux. C’est vrai qu’on commence un peu à y réfléchir, mais ça reste encore (trop) timide. Les mères, au contraire, ont dû se battre pour aller travailler, et conserver cette liberté. Ce combat, s’il a été en partiellement gagné, c’est au prix de lourds tributs. Et les assistantes maternelles en font partie. Précaires et peu valorisées, elles donnent de leur corps, de leur foyer et de leur intimité pour s’occuper de nos bébés.

Le complexe du colon

J’ai eu un coup de foudre pour la nounou de ma fille. C’est d’ailleurs la seule assistante maternelle que nous avons rencontrée. J’ai tout de suite senti que le courant passait entre Tortellini et elle. Nous n’avons pas cherché plus loin, et nous l’avons recrutée.
Notre nounou est d’origine cambodgienne. Son français est hésitant. Il nous a fallu un certain temps pour bien comprendre ce qu’elle nous disait. Elle parle khmer à notre fille, et lui chante des comptines que nous sommes incapables de répéter. Lorsque Tortellini babille, il m’arrive de me demander si elle n’est pas en train de me parler en khmer.

Au début, je me disais simplement que c’était tombé comme ça. Nous avons trouvé une nounou pour notre bébé, et il s’avère qu’elle n’est pas blanche, voilà. Mais à y regarder de plus près, non. Ce n’est pas un hasard. Dans l’annuaire que j’ai consulté pour chercher une assistante maternelle, au parc, ou chez mes amies jeunes mamans, le constat est le même : les assistantes maternelles sont très souvent des femmes racisées. De là à dire qu’avec nos nounous, nous entretenons les restes d’un système pas reluisant… Il n’y a qu’un pas, que l’écoute de ce podcast, que je recommande très vivement, m’a permis de franchir.

Me voilà maintenant, moi, la mère qui se revendique féministe, qui s’interroge sur l’intersectionnalité et le racisme systémique, j’ai recruté une femme racisée, pour qu’elle s’occupe de ma fille plus de 50 heures par semaine, pour un taux horaire équivalent à un tiers du SMIC.

Quelle solution alors ?

Maintenant qu’on a dit tout ça, en fait on n’a rien dit du tout. J’ai observé, j’ai constaté, et je me trouve comme une andouille, à me dire que je cautionne un système qui ne me convient pas, que je trouve injuste et inéquitable. Pour autant, j’ai beau tourner le problème dans tout les sens, je n’y vois pas de réponse qui soit satisfaisante pour tout le monde. Et c’est probablement ce qu’il a de plus frustrant dans toute cette histoire.

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