À propos du congé parental

Ne crachons pas dans la soupe. En France, nous ne faisons pas partie des plus mal lotis en termes de congés parentaux. Mais est-ce que parce qu’ailleurs c’est parfois pire, il faut se contenter de ce que l’on a ? Certainement pas.

congé parental

Les enjeux du congé parental vont bien au-delà de quelques semaines ou quelques mois passés avec un bébé. Les penser différemment permettrait aussi de reconstruire une société fondamentalement plus égalitaire, moins sexiste, et plus juste.

Pendant longtemps, le congé était essentiellement maternel. Après tout, c’est la femme qui accouche. Elle a besoin de se récupérer. Et pour peu qu’elle allaite, sa présence est indispensable au nourrisson. Oui, certes. Si ce n’est qu’un congé maternité sert à plein de choses, mais certainement pas à se remettre. Pour beaucoup de jeunes mères (et moi la première), la reprise du travail, c’est un peu des vacances (au boulot, je peux siroter mon café tranquilou, sans avoir peur que ma collègue Béatrice fourre ses doigts dans une prise ou se mette à téter la mine d’un feutre indélébile). C’est dire.

Pour autant, ce congé maternité, il est essentiel. Il permet de faire connaissance avec son tout petit, de l’accompagner dans ses premiers instants de vie, et de se créer de nouveaux repères familiaux. Mais il est aussi un piège.

Ces 10 semaines servent à poser les premières bases des relations entre l’enfant et ses parents. Or, au bout de 14 malheureux jours maximum, le papa repart au turbin. Au-delà du fait que pour la maman, c’est la panique totale, c’est à ce moment-là que les réflexes s’installent. Soins, alimentation, rythme : c’est maman qui gère le quotidien. Lorsqu’il faut à son tour qu’elle retourne travailler, les habitudes sont souvent prises. Et elles restent, chez le père, la mère et l’enfant.

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Dès que le père reprend son activité professionnelle, on met son doigt dans un engrenage empoisonné mais tellement commun : c’est maman qui s’occupe de bébé. La suite, ce n’est pas la peine de la raconter ici, tout le monde la connaît. Professionnellement et socialement, ce sont bien trop souvent les daronnes qui trinquent. Pourquoi croyez-vous qu’un homme sur neuf (contre une femme sur deux) cesse ou réduit son activité après la naissance d’un enfant ?

L’autre problématique, c’est la durée. Avant d’avoir un bébé de dix semaines dans les bras, je n’y trouvais pas grand-chose à redire. Seulement voilà. Dix semaines, pour un nourrisson, c’est trop peu. On l’oublie souvent, mais le congé parental, il n’est pas que pour les parents. Il est aussi (et surtout) pour l’enfant. Cet enfant qui est bien plus proche du petit animal ultra dépendant que de l’humain bien dans ses pompes. À dix semaines, il n’est pas encore conscient que lui et sa mère sont deux personnes distinctes. Et il faudrait déjà qu’on le laisse à des tiers 10 h par jour ? D’autant que dix semaines, c’est juste deux semaines avant le pic de croissance bien costaud des trois mois. Alors quand je vois, de-ci de-là, que notre congé maternité est calé sur un rythme biologique, je me tiens les côtes tellement je ris.

Mais c’est que, voyez-vous, le bébé, son rythme, ses besoins, au final on s’en fiche un peu. Ce qui compte, c’est que les mamans retournent au travail le plus rapidement possible. Non seulement elles doivent se remettre à produire de la richesse, mais en plus, il faut qu’elles arrêtent de coûter tant d’argent à l’état et à l’entreprise. Cet argument financier est d’ailleurs celui qui est utilisé par le gouvernement lorsqu’il s’est prononcé contre un congé parental de 4 mois, indemnisé comme un arrêt maladie. Trop cher. Pas rentable.

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Alors que l’égalité devait être une grande cause nationale, la pilule est un peu dure à avaler. On ne pense qu’à court terme, quand bien même nous sommes face à un sujet de fond. Repenser un congé parental qui implique autant les pères que les mères, et qui répond aux besoins de l’enfant, c’est repenser l’un des socles de notre société. Hommes et femmes égaux dans la gestion de la toute petite enfance ? Plus de discriminations des mères, des futures mères ou de celles qui ne veulent pas l’être mais qui ont un utérus (ou pas d’ailleurs) donc on sait jamais au travail. Et surtout, la possibilité pour les hommes de vivre les premiers mois de leurs enfants sans culpabiliser et sans avoir peur de finir au placard, et ainsi de repenser les structures familiales. Autres bénéfices ? Les mères qui ressentent l’envie ou le besoin de reprendre leur travail rapidement pourront être relayées par l’autre parent. Avec des congés parentaux mieux rémunérés, partagés entre les parents et valorisés, c’est autant de structures dédiées à la petite enfance que l’État n’aura plus à financer.

Certes, je suis absolument infichue de savoir si ça s’équilibre. Mais ce que je sais, c’est qu’un enfant a besoin de bases solides pour se construire, et devenir quelqu’un de bien dans ses pompes. Et ces bases se jouent aussi (surtout ?) dans les premiers moments de vie. Mais bon, je suis une indécrottable optimiste, persuadée qu’un monde meilleur grandit dans les berceaux de nos bébés.

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